Propositions pour inciter les citoyens à se passer de leur voiture en ville

Des projets urbains où l’automobile est étrangement absente et une réalité où l’automobile est partout. Cherchez l’erreur… (Cliquez sur l’image pour l’agrandir)
Propositions pour inciter les citoyens à se passer de leur voiture en ville
par Alexandre Trajan
L’écrasante suprématie de l’automobile
Les villes n’ont jamais été aussi belles qu’aujourd’hui. Strasbourg en particulier reste une perle des villes européennes. Son patrimoine est énorme et offert dans un écrin, ses offres culturelles riches et variées, ses commerces florissants tout comme son économie. Pourtant, en vivant la ville au quotidien, un sentiment d’oppression tend à gâcher ce tableau. Partout gisent et circulent des automobiles, et ce d’une façon très éloignée des plaquettes de présentations de projets urbains qui laissent espérer une cohabitation harmonieuse entre chacun et où l’automobile est étrangement absente (voir photo précédente). L’automobile est partout. 80% de l’espace public lui est consacré(2). 80% de notre espace dédié à la circulation et au stationnement de sphères privées bruyantes, polluantes et parfois meurtrières que sont les automobiles. Et cela ne suffit pas. Les 20% restants, que se partagent tant bien que mal piétons et cyclistes sont très régulièrement, pour ne pas dire constamment envahis eux aussi par les automobiles (3). Une grande majorité des citoyens s’offusquent de cette situation : “ce n’est pas normal, ‘ils’ pourraient laisser leur voiture chez eux, ‘les gens’ sont incroyablement feignants et égoïstes !”.
Mais cette même majorité est elle-même automobiliste, mais elle a, elle, une bonne raison pour utiliser sa voiture, et les voitures à faire disparaître sont évidemment celles des autres. Ainsi, on en arrive à une situation où les villes grouillent d’automobiles, elles accaparent notre espace de vie, menacent notre sécurité, tuant 635 piétons et en blessant 13609 en 2005 (4), elles dégradent notre présent par des pollutions sonores, visuelles, atmosphériques et elles compromettent notre avenir en émettant de grandes quantités de CO2.
Mais pourquoi diable y a-t-il autant d’automobilistes ? Pourquoi malgré les contraintes et le coût de plus en plus élevé que représente un déplacement en voiture, autant de personnes continuent-elles à l’utiliser ? Tout simplement parce que l’automobile constitue à leurs yeux le moyen de locomotion le plus efficace pour se déplacer dans une très grande majorité de cas.
Joindre les intérêts individuels et collectifs.
On en arrive donc à un paradoxe où l’intérêt de l’individu va à l’encontre de l’intérêt de la collectivité. Ce paradoxe, loin d’être unique, débouche systématiquement (à l’exception de quelques consciences hyper-dévelopées) sur l’avantage donné à l’individu. Car c’est l’individu qui choisit son mode de déplacement puisque nous sommes - fort heureusement - en démocratie. Cet individu, pour aller d’un point A à un point B, pose inconsciemment une équation en donnant des valeurs approximatives et/ou arbitraires à des variables que sont le temps, le coût, la sécurité, l’effort, la complexité. Une autre variable vient parfois se rajouter à cette équation : la conscience écologique et citoyenne. Le défi de la politique est de faire converger ces deux intérêts. Ce défi est conséquent, mais mérite d’être relevé car c’est notre cadre de vie à tous qui est en jeu. Aussi, depuis déjà longtemps, je cherche des solutions. À force de me documenter, d’en parler autour de moi, il mûrit en mon esprit une ligne à suivre, très éloignée de ce qui se fait aujourd’hui à Strasbourg.
L’alternative des transports en commun.
Les transports en commun présentent une alternative. Pourtant, lorsque l’on peut choisir entre les transports en commun et la voiture individuelle pour se déplacer, cette dernière est presque toujours privilégiée. En effet, à l’exception de l’hyper-centre où les contraintes de stationnement et de circulation sont très élevées, l’automobile est plus performante. Les transports en commun présentent des temps de trajet plus longs (la moitié seulement de la durée du trajet porte à porte se passe dans le véhicule), il y a des horaires à respecter et ils sont moins confortables. Les coûts des deux modes de déplacement, si on ne tient que de l’essence de la voiture, sont équivalents. Enfin, le seul avantage du transport en commun est la sécurité, mais un fameux sentiment d’insécurité peut laisser penser le contraire. Par conséquent, pour aller de Koenigshoffen au Neudorf, ou des Contades au Port du Rhin, ceux qui utilisent les transports en commun sont ceux qui n’ont pas de voiture.
L’alternative du vélo.
Pourtant, sur des trajets aussi courts et en terrain urbain, un moyen de locomotion souvent ignoré est au moins aussi efficace que la voiture, tout en présentant des atouts supplémentaires. Il s’agit du vélo. L’utilisation du vélo à des fins de loisir est en pleine expansion, et chaque année, les ventes de vélos augmentent. Mais l’utilisation du vélo reste réservée à des parcours bien choisis, et il n’est pas rare de voir des cyclistes se rendre au bord du canal de la Bruche en voiture pour ensuite se promener sur la belle piste cyclable qui le longe. Oui, le Français aime faire du vélo. Mais qu’entend-il exactement par ‘faire du vélo’ ?
Est-ce aller au travail ? Accompagner les enfants à l’école ? Aller faire des courses ? Non, notre culture vélo s’arrête souvent à des promenades sur pistes cyclables et petites routes de campagnes, telles des vacances sur l’Île de Ré.
Une culture vélo à inculquer.
Notre culture vélo ignore le côté utilitaire de cet objet. Essayez par exemple de trouver un vélo pour un enfant de 7 ans équipé de gardes-boue, système d’éclairage autonome et porte bagage. En France, cela n’existe pas, les enfants ne vont pas à l’école à vélo. De l’autre côté du Rhin, c’est courant, et les marchands de cycles en regorgent, et c’est d’ailleurs là où j’irai acheter le prochain vélo de mon fils. Notre manque de culture vélo nous laisse penser qu’il n’est pas adapté à nos déplacements quotidiens car nous en surestimons les contraintes tandis que nous en sous-estimons les avantages (tiens, exactement l’inverse de l’automobile !). Ainsi, lorsque je suggère à quelqu’un d’utiliser un vélo pour aller travailler, on me répond spontanément : “- C’est trop loin - Il pleut trop souvent - L’hiver, il fait trop froid - L’air est trop pollué - Il n’y a pas de douche sur mon lieu de travail - Je dois soigner ma tenue vestimentaire - Je ne suis pas sportif”, et bien d’autres arguments. Dans certains cas, ces arguments cachent une forte paresse à utiliser un vélo, dans tous les autres, ils prouvent une grande méconnaissance de ce mode de déplacement car ils sont en grande partie faux :