Figaro = Sarko
2. Article scandaleux du Figaro criminalisant la résistance contre les projets de Sarkozy : droit de réponse
Article du Figaro du vendredi 8 juin
L'extrême gauche radicale tentée par la violence par JEAN CHICHIZOLA.
Le 6 mai, des incidents éclatent, place de la Bastille, entre des militants « anarcho-autonomes » et les forces de l'ordre, à la suite de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République.
Les autorités s'inquiètent de la résurgence de groupes extrémistes auxquels elles attribuent la série d'actions criminelles de ces dernières semaines.
De source policière, un millier de militants français de la gauche radicale, dont une centaine de « casseurs », ont fait le voyage en Allemagne pour y prendre part aux protestations contre le G8. À Paris, les services de renseignement s'intéressent aux agissements de cette mouvance.
« CETTE POIGNÉE d'ultras nous rappellent de mauvais souvenirs : dans les années 1970, les « autonomes » ont commencé par des actions similaires et cela s'est terminé par des bombes et des assassinats. » Selon ce policier, la surveillance des groupes violents d'extrême gauche est redevenue une « priorité opérationnelle » pour les renseignements généraux alors que la police judiciaire est saisie de plusieurs dossiers liés à cette mouvance.
Une mouvance particulièrement active ces dernières semaines. Qualifiés « d'anarcho-autonomes » par les services de police, ces militants sont plusieurs centaines en France dont une cinquantaine en Ile-de-France où ils occupent une demi-douzaine de squats « politiques ». S'y ajoute plus d'un millier de sympathisants actifs dont 150 à 200 à Paris. Leurs lieux d'implantation (Toulouse, Rennes, Nantes, universités parisiennes de Nanterre, de Tolbiac ou de Saint-Denis...) correspondent souvent à des bastions du mouvement anti-CPE au cours duquel ils ont commencé à faire parler d'eux. Ils ont ensuite redoublé d'efforts à l'occasion de la présidentielle. En faisant dégénérer des manifestations comme ce fut le cas les 6 et 16 mai dernier. La dernière tentative en ce sens remonte à samedi dernier. C'était à Paris entre la place Blanche et le cimetière du Père Lachaise. Changeant de stratégie, ces partisans de l'action directe ont tout d'abord privilégié l'attaque de locaux de partis politiques toutes tendances confondues. En région parisienne, 35 permanences ont été prises pour cible : 21 pour l'UMP, 8 pour le PS, 3 pour les Verts et 2 pour le Parti communiste.
Chapeautés par des mentors
Seconde méthode, clairement calquée sur les violences urbaines : l'incendie volontaire. La section antiterroriste de la brigade criminelle est ainsi saisie de près de cent incendies de ce type en avril et en mai auquel il faut ajouter une tentative d'incendie de véhicules devant le commissariat de police du XVIIIe arrondissement. Des suspects ont été interpellés dans certaines affaires : la plupart sont jeunes (une vingtaine d'années) et sont chapeautés par des mentors plus âgés. Tous sont connus comme des partisans de la violence et certains ont déjà été repérés dans les récents incidents de la gare du Nord ou dans l'occupation de locaux universitaires au cours du mouvement anti-CPE.
La sous-direction antiterroriste de la police judiciaire enquête quant à elle sur l'attaque d'un centre des impôts à Toulouse et sur deux tentatives d'attentat, avec des engins incendiaires du même type, contre un pylône EDF dans les Bouches-du-Rhône et un relais TDF à Lyon. À cette violence, répond la radicalisation du discours dans les tracts et sur les blogs « amis » où l'on trouve des formules comme « on l'a pas souhaité mais c'est la guerre. Le feu ne se propagera pas tout seul » ou des hommages aux « rebelles enfermés » comme Georges Ibrahim Abdallah, condamné pour les attentats de 1986 ou les militants d'Action directe. Sont aussi évoquées « les caisses cramées » et « les violences dans les quartiers populaires » dans une tentative de séduire les banlieues. « Pour le moment sans succès », précise un policier, « on a simplement observé qu'au cours de la manifestation du 16 mai, une poignée de jeunes de cité avaient pour la première fois rejoint les militants radicaux ».
Projet de droit de réponse en discussion entre les organisateurs de la manif du 2 juin
au directeur du Figaro
Monsieur le Directeur,
Organisateurs de la manifestation du 2 juin à Paris, nous sommes scandalisés de ce qu’écrit à son sujet votre journal du 8 juin, sous la signature de Jean Chichizola. Nous sommes connus dans le mouvement ouvrier et démocratique comme des militants partisans de la lutte de classe et de masse, prônant l’objectif de la grève générale, la méthode de l’organisation démocratique des travailleurs et des jeunes par le biais d’Assemblées générales et de Coordinations (c’est ce que nous avons fait notamment chez les étudiants lors du mouvement anti-CPE). Nos publications respectives et nos actions sont publiques et connues. Et nous nous tenons en toutes circonstances aux premiers rangs de la défense des libertés démocratiques, à commencer par le droit à l’existence des partis et des manifestations.
Or, sous le titre « L’extrême gauche radicale tentée par la violence », votre article, affirmant s’appuyer sur des sources policières, se livre à toute une série d’amalgames entre « groupes violents d'extrême gauche », « militants qualifiés d’"anarcho-autonomes par les services de police », « bastions du mouvement anti-CPE », auteurs de « l'attaque d'un centre des impôts à Toulouse et [de] deux tentatives d'attentat, avec des engins incendiaires du même type, contre un pylône EDF dans les Bouches-du-Rhône et un relais TDF à Lyon », sur lesquels enquête « la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire », militants rendant « hommage aux "rebelles enfermés" comme Georges Ibrahim Abdallah (…) ou les militants d’Action directe », etc. Par la confusion entretenue entre les différents types d’actes énumérés, il s’agit manifestement de provoquer chez le lecteur l’idée intolérable d’une identité ou d’une proximité entre « extrême gauche radicale », « criminels » et « terroristes ».
En ce qui nous concerne, l’auteur de l’article se permet d’affirmer que les individus qui ont « fait dégénérer des manifestations comme ce fut le cas les 6 et 16 mai dernier » auraient commis une nouvelle « tentative en ce sens (…) samedi dernier. C'était à Paris entre la place Blanche et le cimetière du Père Lachaise. » Puis il poursuit immédiatement : « Changeant de stratégie, ces partisans de l'action directe ont tout d'abord privilégié l'attaque de locaux de partis politiques toutes tendances confondues. En région parisienne, 35 permanences ont été prises pour cible (…). Seconde méthode, clairement calquée sur les violences urbaines : l'incendie volontaire. La section antiterroriste de la brigade criminelle est ainsi saisie de près de cent incendies de ce type en avril et en mai (…). » Autrement dit, l’auteur de l’article identifie tout ou partie des manifestants du 2 juin, individus ayant attaqué des locaux de partis politiques et incendiaires criminels.
Nous protestons solennellement contre cette contrevérité. La manifestation parisienne du 2 juin, autorisée par la Préfecture de police, organisée par nos soins, s’est déroulée sans le moindre incident. C’est ce que confirme une dépêche l’AFP du 2 juin : « Une centaine d’étudiants manifestaient samedi à Paris contre les projets annoncés ou pressentis sous la présidence de Nicolas Sarkozy, a constaté une journaliste de l’AFP. "Résistons aux projets Sarkozy", affirmait une banderole en tête du cortège, parti peu après 15h de la place Blanche (IXe) en direction du cimetière du Père Lachaise, entouré d’une très importante présence policière. Le cortège, très calme, a défilé en scandant des slogans tels que "À ceux qui veulent virer les sans-papiers, les travailleurs répondent : Résistance !". Les manifestants entendaient également protester contre "la privatisation de l’éducation", "la remise en cause du droit de grève par un service minimum" et "le contrat de travail unique". L’appel a été lancé lors d’assemblées générales d’étudiants, notamment par la FSE, la PSL-FSU ou encore le Groupe CRI (Communiste Révolutionnaire Internationaliste). » D’autres journalistes étaient présents, et aucun n’a fait état de quelque incident que ce soit.
Nous sommes donc fondés à affirmer que votre article contient des amalgames et des contrevérités intolérables. Il constitue un acte d’accusation criminel et un appel à la haine contre ceux qui ont manifesté le 2 juin et particulièrement contre nous, organisateurs. Par la gravité de ses allégations, cet article est calomniateur à notre encontre et nous met en danger. C’est pourquoi nous vous prions de rétablir la vérité des faits et de publier dans un prochain numéro de votre journal, au titre de notre droit de réponse, la présente lettre.
Veuille croire, Monsieur le Directeur, en notre attachement aux libertés démocratiques et à la vérité des faits.