Fraises dhiver, une note salée pour la planete !
Femme Actuelle n°1173, 19-25/03/07
Croquer des fraises hors saison... Ce petit luxe a un coût écologique. Avec le WWF, nous avons remonté la filière jusqu’en Espagne. Scandaleux !

"Regardez mes fraises comme elles sont belles !"...Sur les marchés français, alors que la température ne dépasse pas les 10 °C, elles nous mettent l’eau a la bouche... Et je l’avoue, j’ai parfois craqué. Mais depuis ce voyage en Espagne, je jure qu’on ne m’y reprendra plus...
Les fruits sont cultivés dans une forêt totalement ravagée
Janvier2007. Quittant Séville, je roule vers Huelva, entre la cute et le Guadalquivir. Sol sableux, climat doux : c’est le paradis de la fraise. Première surprise : la plupart des exploitations se trouvent au coeur d’une forêt, en lisière du parc national de Donana, l’une des principales zones humides protégées d’Europe. Ici, la forêt de pins et d’eucalyptus est ravagée. Des serres, longs tunnels de plastique blanc, y moutonnent à perte de vue. Jusqu’au vertige. Les lambeaux de plastique font partie du paysage, accrochés aux buissons de genêts ou mi-enfouis dans les ornières : ces serres en génèrent 4 500 tonnes par an ! A El Palomar, Finca Las Palomeras, Vicente, patron d’une ferme de 4 ha, observe les femmes - souvent des Roumaines ou des Polonaises -, qui récoltent les fraises. "Ici, tout est legal : je loue la terre a la ville", previent-il, méfiant. Sauf que cette terre n’a jamais été dédiée à l’agriculture. Comme Vicente, ils sont des centaines d’exploitants a cultiver des fraises en toute illégalité dans la région. Sur 5 000 ha de champs de fraises, 2 000 sont illicites, 110 se trouvent même en zone protégée ! Mais le summum de l’absurdité est atteint avec l’irrigation : les producteurs doivent creuser des puits pour abreuver leurs champs. Dans la moitié des cas, ils n’ont aucune autorisation. Vicente se plaint : "Il y a deux ans, on trouvait de l’eau a 7 m. Aujourd’hui, il faut descendre à 30 m !" Et demain, s’il n’y a plus une goutte ? "On ira la chercher a la rivière !" affirme-t-il.

Le sous-sol a perdu la moitié de son eau en trente ans
La rivière en question, la Rocina, est pourtant déjà mal en point. Elle est a sec de juillet à octobre. A cause des forages illégaux, en trente ans, le sous-sol a perdu 50 % de son eau ! "Ce qui reste est concentré en nitrates. Le terrain s’affaisse, et la végétation se dessèche", s’alarme Javier Serrano, commissaire à l’eau pour le bassin du Guadalquivir. "Les forages sont interdits depuis 2005, explique-t-il. Creuser un puits est passible de 3 000 euros d’amende". L’Etat en a fermé vingt... sur plus de 1 300 ! "C’est peu, reconnait M. Serrano, mais c’est délicat de priver d’activité des fermiers qui vivent ici depuis vingt ans." En attendant, chacun se sert. "A ce rythme, s’inquiète Guido Schmidt, délégue eau douce du WWF espagnol, cette région marécageuse pourrait se transformer en savane !" Que faire alors ? Pour le WWF, la solution passe par une culture légale et raisonnable, mais seule la ferme pilote de Guaperal, près d’El Monte, la pratique. Autre solution, pour que les fraises d’hiver ne nous laissent pas en bouche un gout amer : en manger en juin. Simplement. Comme avant.
Croquer des fraises hors saison... Ce petit luxe a un coût écologique. Avec le WWF, nous avons remonté la filière jusqu’en Espagne. Scandaleux !

"Regardez mes fraises comme elles sont belles !"...Sur les marchés français, alors que la température ne dépasse pas les 10 °C, elles nous mettent l’eau a la bouche... Et je l’avoue, j’ai parfois craqué. Mais depuis ce voyage en Espagne, je jure qu’on ne m’y reprendra plus...
Les fruits sont cultivés dans une forêt totalement ravagée
Janvier2007. Quittant Séville, je roule vers Huelva, entre la cute et le Guadalquivir. Sol sableux, climat doux : c’est le paradis de la fraise. Première surprise : la plupart des exploitations se trouvent au coeur d’une forêt, en lisière du parc national de Donana, l’une des principales zones humides protégées d’Europe. Ici, la forêt de pins et d’eucalyptus est ravagée. Des serres, longs tunnels de plastique blanc, y moutonnent à perte de vue. Jusqu’au vertige. Les lambeaux de plastique font partie du paysage, accrochés aux buissons de genêts ou mi-enfouis dans les ornières : ces serres en génèrent 4 500 tonnes par an ! A El Palomar, Finca Las Palomeras, Vicente, patron d’une ferme de 4 ha, observe les femmes - souvent des Roumaines ou des Polonaises -, qui récoltent les fraises. "Ici, tout est legal : je loue la terre a la ville", previent-il, méfiant. Sauf que cette terre n’a jamais été dédiée à l’agriculture. Comme Vicente, ils sont des centaines d’exploitants a cultiver des fraises en toute illégalité dans la région. Sur 5 000 ha de champs de fraises, 2 000 sont illicites, 110 se trouvent même en zone protégée ! Mais le summum de l’absurdité est atteint avec l’irrigation : les producteurs doivent creuser des puits pour abreuver leurs champs. Dans la moitié des cas, ils n’ont aucune autorisation. Vicente se plaint : "Il y a deux ans, on trouvait de l’eau a 7 m. Aujourd’hui, il faut descendre à 30 m !" Et demain, s’il n’y a plus une goutte ? "On ira la chercher a la rivière !" affirme-t-il.

Le sous-sol a perdu la moitié de son eau en trente ans
La rivière en question, la Rocina, est pourtant déjà mal en point. Elle est a sec de juillet à octobre. A cause des forages illégaux, en trente ans, le sous-sol a perdu 50 % de son eau ! "Ce qui reste est concentré en nitrates. Le terrain s’affaisse, et la végétation se dessèche", s’alarme Javier Serrano, commissaire à l’eau pour le bassin du Guadalquivir. "Les forages sont interdits depuis 2005, explique-t-il. Creuser un puits est passible de 3 000 euros d’amende". L’Etat en a fermé vingt... sur plus de 1 300 ! "C’est peu, reconnait M. Serrano, mais c’est délicat de priver d’activité des fermiers qui vivent ici depuis vingt ans." En attendant, chacun se sert. "A ce rythme, s’inquiète Guido Schmidt, délégue eau douce du WWF espagnol, cette région marécageuse pourrait se transformer en savane !" Que faire alors ? Pour le WWF, la solution passe par une culture légale et raisonnable, mais seule la ferme pilote de Guaperal, près d’El Monte, la pratique. Autre solution, pour que les fraises d’hiver ne nous laissent pas en bouche un gout amer : en manger en juin. Simplement. Comme avant.
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